Installation au Belvédère

e 16 avril 1921, Maurice Ravel acquiert une maison à Montfort l'Amaury : " Le Belvédère " où il passera les 16 dernières années de sa vie.

urement éprouvé par le décès de sa mère en 1917 et seul depuis le mariage de son frère Edouard, Ravel désirait prendre quelques distances avec la vie parisienne riche en relations et en tentations.

ontfort l'Amaury constituait un compromis parfait. Ravel y trouve le calme et la tranquillité lui permettant de travailler tout en n'étant pas trop éloigné de la capitale, indispensable à son équilibre.

aurice Ravel composa au Belvédère des œuvres majeures sans jamais rien laisser filtrer de son travail. Il travaillait seul, penché sur son piano, un Erard demi-queue, dans la petite pièce aménagée en salon de musique tournant le dos au paysage et travaillant près du portrait de sa mère qu'il avait tant aimée.

Sa vie Montfortoise

our Ravel, l'amitié était une valeur essentielle aussi recevait-il beaucoup ses amis ainsi que son frère Edouard à Montfort. " Montfort l'Amaury évoquait pour nous la joie d'une accueillante demeure, l'oasis de l'amitié " confie Hélène Jourdan-Morhange.

our ses amis Ravel organise des déjeuners ou des dîners qu'il veut festifs. Il y sert des produits de son jardin et quand le temps s'y prête l'apéritif est servi sur le balcon afin de profiter de la vue. En effet, le Belvédère est juché comme un nid d'aigle sur le flan d'un coteau.

a vue est donc très vaste et se trouve ornée par la ligne des collines à l'horizon. Ce qui faisait dire à Maurice Ravel qu'ainsi la pensée ne pouvait pas fuir, ne pas s'échapper. Elle s'évadait mais revenait comme si le paysage la renvoyait.

n fait Ravel " le dandy ", le mondain, le noctambule adorait la nature. C'est avec un soin et une ardeur particulière qu'il avait fait aménager son petit jardin en le compartimentant et en le japonisant. Ravel s'attachait aux arbres nains car leur force concentrée lui semblait plus expressive que l'épanouissement des arbres normaux.

ais c'est la forêt de Rambouillet que Ravel aima par dessus tout. Colette Loubet-Durègne a joliment dit que " c'est dans la forêt de Rambouillet que Ravel, poète et magicien a cueilli la baguette dont il a animé un monde artificiel et merveilleux : le monde des sortilèges ". Tous ses amis rappellent qu'il a parcouru cette forêt en tout sens, en a tout aimé : ses arbres, ses senteurs, ses bruits, ses chants d'oiseaux… C'est au cours de ses innombrables promenades à pied dans la nature et notamment en forêt de Rambouillet que Ravel travaillait le mieux, gardant dans sa mémoire fidèle, les idées qui lui étaient venues, n'ayant plus qu'à les noter le lendemain sur le papier.

ême au cours des années de maladie qui précédèrent sa mort en 1937, Ravel continuait de parcourir " sa forêt " d'un pas alerte et vif, se dirigeant sans hésitation. Ses dernières joies furent ces promenades.

Ses dernières années

n 1933, commencent à apparaître chez Ravel les signes d'une maladie cérébrale entraînant chez lui des troubles du langage et de la motricité. Il ressent une gêne à écrire et s'aperçoit qu'il ne peut plus pratiquer la natation : il ne coordonne plus ses mouvements.

cette époque, Colette dit de Ravel : " C'est désormais une ombre anxieuse et insatisfaite. Nous n'avons pas ignoré que Ravel se vit dépouillé du don de mémoire, perdit la parole, le geste d'écrire, mourut jugulé et conscient alors qu'en lui se débattaient encore tant d'harmonies, tant d'oiseaux, de guitares, de danses et de nuits mélodieuses ".

e 28 décembre 1937, après qu'une opération de la dernière chance fut tentée, Ravel s'éteignit sans avoir pu réaliser son plus grand désir qui était de pouvoir mourir mollement bercé dans les tendres et voluptueux enlacements de ce " miracle unique dans toute la musique qu'est le prélude à l'après-midi d'un faune " de Claude Debussy.